Catégorie : Catéchuménat

KTQ – Au cœur de la Bonne Nouvelle : la Résurrection, ou la victoire de l’Amour sur le péché et la mort (9)

Dieu se fait homme (premier scandale) ; il assume notre condition humaine jusque dans notre mort (deuxième scandale) ; mais loin d’être vaincu par la mort comme nous le sommes, il en triomphe au matin de Pâques : il roule la pierre de son tombeau, et par le fait même du nôtre.

Sa victoire est en effet la nôtre puisque c’est notre humanité qu’il a assumée en toutes choses, jusque dans la mort. Le Vivant est descendu dans les ténèbres de notre mort pour y introduire la lumière de sa présence vivifiante.

Les Juifs croyaient en une résurrection des morts, mais à la fin des temps, comme le confesse Marthe devant le tombeau de son frère Lazare :

Jn 11, 23-24 : « Jésus lui dit : “Ton frère ressuscitera. Marthe reprit : “Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour”. »

Mais ce n’est pas ainsi que Jésus l’entend. Il affirme tout au contraire :

Jn 11, 25-26 : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? »

Jésus ne pouvait pas dire plus clairement que ceux qui croient en lui, lui sont intimement unis, ne formant avec lui qu’un seul corps et un seul esprit ; de sorte que c’est dans leur mort que descend Jésus, et c’est dans sa résurrection qu’il les entraîne au matin de Pâques.

Les récits des apparitions du Christ sont relatés dans les Evangiles, mais le plus ancien témoignage (écrit) de la foi en la résurrection se trouve dans la 1ère lettre de St Paul aux Corinthiens (rédigée vers l’an 55) :

1 Co 15, 3-8 : « Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j’ai moi-même reçu : le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Écritures, et il fut mis au tombeau ; il est ressuscité le troisième jour conformément aux Écritures, il est apparu à Pierre, puis aux Douze ; ensuite il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois – la plupart sont encore vivants, et quelques-uns sont endormis dans la mort –, ensuite il est apparu à Jacques, puis à tous les Apôtres. Et en tout dernier lieu, il est même apparu à l’avorton que je suis. »

Avec cette affirmation de la résurrection du Christ, nous sommes au cœur de notre foi :

1 Co 15, 17-18.20 : « Si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est sans valeur, vous êtes encore sous l’emprise de vos péchés ; et donc, ceux qui se sont endormis dans le Christ sont perdus. Mais non ! le Christ est ressuscité d’entre les morts, lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis. »

Certes nous aurons à passer par la mort, et notre corps, marqué par le péché, connaitra la corruption, mais unis au Christ par la foi, nous participerons à la résurrection de Celui qui est descendu dans notre mort pour nous en délivrer.

Il reste bien sûr bon nombre de questions ouvertes, car c’est un mystère que nous approchons. Déjà les Corinthiens demandaient à St Paul :

1 Co 15,35 : « Comment les morts ressuscitent-ils ? avec quelle sorte de corps reviennent-ils ? »

St Paul répond à partir d’une analogie agraire :

1 Co 15, 36-38 ; 42-44 : « Ce que tu sèmes ne peut reprendre vie sans mourir d’abord ; et ce que tu sèmes, ce n’est pas le corps de la plante qui va pousser, mais c’est une simple graine : du blé, par exemple, ou autre chose. Et Dieu lui donne un corps comme il l’a voulu : à chaque semence un corps particulier. Ainsi en est-il de la résurrection des morts. Ce qui est semé périssable ressuscite impérissable ; ce qui est semé sans honneur ressuscite dans la gloire ; ce qui est semé faible ressuscite dans la puissance ; ce qui est semé corps physique ressuscite corps spirituel ; car s’il existe un corps physique, il existe aussi un corps spirituel. »

L’Apôtre poursuit son argumentation en mettant en perspective les deux Adams : le premier homme, terrestre ; et le Christ, nouvel Adam, qui inaugure la nouvelle création et donc la nouvelle humanité :

1 Co 15, 47-50 ; 53-54.57 : « Il faut en effet que cet être périssable que nous sommes revête ce qui est impérissable ; il faut que cet être mortel revête l’immortalité. Pétri d’argile, le premier homme vient de la terre ; le deuxième homme, lui, vient du ciel. Comme Adam est fait d’argile, ainsi les hommes sont faits d’argile ; comme le Christ est du ciel, ainsi les hommes seront du ciel. Et de même que nous aurons été à l’image de celui qui est fait d’argile, de même nous serons à l’image de celui qui vient du ciel. Je le déclare, frères : la chair et le sang sont incapables de recevoir en héritage le royaume de Dieu, et ce qui est périssable ne reçoit pas en héritage ce qui est impérissable. Il faut en effet que cet être périssable que nous sommes revête ce qui est impérissable ; il faut que cet être mortel revête l’immortalité. Et quand cet être périssable aura revêtu ce qui est impérissable, quand cet être mortel aura revêtu l’immortalité, alors se réalisera la parole de l’Écriture : La mort a été engloutie dans la victoire. Rendons grâce à Dieu qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ. »

La victoire de la Résurrection – notre entière participation à la résurrection du Christ – ne sera pleinement accomplie que lorsque nous aurons revêtu un corps spirituel impérissable (le corps de gloire) que Dieu se réserve de nous donner au Jugement dernier. Le dernier article du Credo de Nicée énonce en effet :

« J’attends la résurrection des morts, et la vie du monde à venir. »

Mais dès à présent, la participation à la résurrection du Christ est effective :

Rm 6, 3-5 : « Ne le savez-vous pas ? Nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême. Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts. Car, si nous avons été unis à lui par une mort qui ressemble à la sienne, nous le serons aussi par une résurrection qui ressemblera à la sienne. »

Col 3, 1-4 : « Si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Vous êtes passés par la mort, et votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu. Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui dans la gloire. »

Dire que nous participons à la résurrection du Christ, signifie que nous vivons de sa vie divine immortelle, c’est-à-dire de l’Esprit Saint, comme le confirme St Paul :

Ga 4,6 : « La preuve que vous êtes des fils : Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs, et cet Esprit crie “Abba ! ”, c’est-à-dire : Père ! »

La vie dans l’Esprit sera traitée dans une fiche ultérieure.

Disons pour terminer que la foi en la résurrection du Christ et en notre participation à cette résurrection, n’est pas seulement une adhésion à la Révélation objective (la Parole de Dieu), mais aussi une expérience subjective. Tout croyant peut dire avec St Paul :

Ga 2,20 : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. »

Bien sûr cette inhabitation du Christ ressuscité n’est sans doute pas encore aussi plénière en nous que dans la vie de l’Apôtre ; mais tout chrétien qui nourrit sa foi par la prière et les sacrements, et qui ajuste sa vie à ce que demande le Seigneur Jésus-Christ, peut témoigner d’expérience que le Christ vit en lui.

KTQ – Un Dieu qui meurt sur une Croix (8)

Nous avons souligné combien la prétention de Jésus d’être le Fils unique de Dieu avait un caractère scandaleux : comment cet homme issu du petit village de Nazareth, peut-il revendiquer un tel statut ? Mais notre surprise est au comble lorsque nous découvrons la fin tragique de ce Rabbi ! La Croix signe-t-elle l’échec de ce prédicateur utopique que la jalousie des chefs religieux a fini par éliminer ?

Les choses ne sont pas aussi simples : on lit en effet dans les Evangiles que par trois fois Jésus a averti ses apôtres de son arrestation prochaine, de sa condamnation et de sa mort, tout en annonçant une mystérieuse « résurrection ». Mais ses proches, qui espéraient la libération du joug romain et le rétablissement de la royauté davidique sur le trône de Jérusalem, ne pouvaient pas l’entendre et faisaient la sourde oreille à ses avertissements.

Jésus n’a donc pas subi passivement sa mort : comme il le dit lui-même :

Jn 10, 17-18 : « Voici pourquoi le Père m’aime : parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau. Nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau : voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père. »

Bien plus : il a révélé le sens de sa mort – qu’il a même anticipée – dans l’institution du sacrement de l’Eucharistie :

Lc 22, 14-20 : « Quand l’heure fut venue, Jésus prit place à table, et les Apôtres avec lui. Il leur dit : “J’ai désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec vous avant de souffrir ! ” (…) Ayant pris du pain et rendu grâce, il le rompit et le leur donna, en disant : “Ceci est mon corps, donné pour vous. Faites cela en mémoire de moi”. Et pour la coupe, après le repas, il fit de même, en disant : “Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang répandu pour vous”. »

L’Eucharistie est le « mémorial » – c’est-à-dire l’actualisation réelle – de la Passion d’amour de Notre Seigneur, qui nous rétablit dans l’Alliance avec Dieu son Père et notre Père :

Jn 13,1 : « Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. »

Jn 15,13 : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. »

En nous séparant par le péché de Dieu, source de tout amour et de toute vie, nous nous étions nous-mêmes condamnés à une vie insensée débouchant dans la mort. Or Jésus, le Fils du Dieu Vivant, consent précisément à descendre dans notre mort, pour y déposer le germe de sa Vie divine, que nous avions perdue en nous détournant de son Père.

Coupés du Dieu d’Amour, nous étions devenus incapables d’aimer vraiment, dominés comme nous le sommes par les passions qui nous poussent à la convoitise, l’envie, la jalousie, la volonté de puissance et de domination, la colère,… bref la violence meurtrière sous toutes ses formes.

Durant sa Passion, Jésus va précisément nous aimer d’un amour plus fort que toute cette déferlante de haine qui déchire et détruit notre pauvre humanité, afin de nous purifier dans ce Feu d’amour comme l’or au creuset, et que nous puissions à nouveau connaitre la paix et la joie d’une authentique communion dans la charité au service de la vie :

He 12,24 : « Vous êtes venus vers Jésus, le médiateur d’une alliance nouvelle, et vers le sang de l’aspersion, son sang qui parle plus fort que celui d’Abel. »

Ce qui signifie : le sang que Jésus a versé par amour pour nous, répare surabondamment pour le sang versé de tous les Abel’s de l’histoire, victimes de nos haines fratricides.

Si pour nous la mort est le signe de la victoire de la violence meurtrière, celle de Jésus est le gage de la victoire d’un amour plus grand que tous nos refus d’aimer.

Nous ne prétendons pas bien sûr « expliquer » le mystère de l’Amour Crucifié, que St Paul qualifie de Sagesse divine, plus puissante que notre folie humaine :

1 Co 1, 18.22-25 : « Le langage de la croix est folie pour ceux qui vont à leur perte, mais pour ceux qui vont vers leur salut, pour nous, il est puissance de Dieu. Alors que les Juifs réclament des signes miraculeux, et que les Grecs recherchent une sagesse, nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les nations païennes. Mais pour ceux que Dieu appelle, qu’ils soient Juifs ou Grecs, ce Messie, ce Christ, est puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes.»

En contemplant la Croix dans la lumière de l’Esprit d’amour, nous pressentons que paradoxalement, la Croix est le lieu où resplendit pleinement la gloire de Dieu ; qu’elle est le lieu où il nous révèle en vérité qui il est : le Père de tendresse qui a envoyé son Fils « rassembler dans l’unité ses enfants dispersés » (Jn 11,52) par une sombre nuit de péché :

Jn 3, 14-17 : « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle. Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. »

Mais bien sûr la mort de Jésus n’est pour nous « Bonne Nouvelle » qu’à la lumière de notre participation à sa Résurrection du matin de Pâques – qui fera l’objet de notre prochaine méditation.

KTQ-Le Fils unique de Dieu (7)

Insistons sur ce point : Jésus est le seul homme dans l’histoire qui ait prétendu être l’égal de Dieu, et qui pourtant est mort de la mort la plus humiliante.

Commençons par la prétention de Jésus de Nazareth d’être l’égal de Dieu, son Fils au sens ontologique, c’est-à-dire : partageant la substance divine du Père.

Comme nous le proclamons dans le Credo de Nicée :

« Je crois en un seul Seigneur, Jésus Christ,
le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles :
Il est Dieu, né de Dieu,
lumière, née de la lumière,
vrai Dieu, né du vrai Dieu
Engendré non pas créé,
consubstantiel au Père ;
et par lui tout a été fait. »

Cette affirmation de foi s’appuie bien sûr sur la Révélation, c’est-à-dire sur la Bonne Nouvelle (traduction du terme grec « Évangile ») qui fut rédigée…

« …d’après ce que nous ont transmis ceux qui, dès le commencement, furent témoins oculaires et serviteurs de la Parole » (Lc 1,2).

C’est d’abord à l’écoute des paroles que Jésus a prononcées tout au long de son ministère, que nous découvrons cette prétention – scandaleuse pour des oreilles juives, pour lesquelles il est impossible que le Dieu transcendant s’incarne dans notre humanité pècheresse. Citons-en quelques-unes :

Jn 10,30 : « Le Père et moi nous sommes un. »

Jn 14,10 : « Qui m’a vu à vu le Père. »

Jn 8,58 : « En vérité, en vérité je vous le dis : avant qu’Abraham fut, JE SUIS. »

Cette dernière citation est particulièrement évocatrice, car l’expression grecque rendue en français par « Je suis », est la traduction du Tétragramme sacré, c’est-à-dire du Nom de Dieu révélé à Moïse (Ex 3,14). Jésus prétend donc à l’égalité avec Dieu dont il revendique le Nom.

Les Juifs ne s’y sont pas trompés, comme le souligne Saint Jean :

Jn 5,18 : « Les Juifs cherchaient à le tuer, car il disait que Dieu était son propre Père, et il se faisait ainsi l’égal de Dieu. »

Ce sera d’ailleurs le motif de la condamnation à mort de Jésus :

Jn 10,33 : « Ce n’est pas pour une œuvre bonne que nous voulons te lapider, mais c’est pour un blasphème : tu n’es qu’un homme, et tu te fais Dieu. »

Citons également quelques versets des Synoptiques (ce terme désigne les Evangiles de Mathieu, Marc et Luc) :

Mt 11,27 : « Tout m’a été remis par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. »

Jésus déclare avoir avec le Père une relation tout à fait unique eu égard à son statut de Fils. Il prétend dès lors à être le seul à connaitre le Père et à pouvoir en parler en « Esprit et vérité » (Jn 4,23).

Le motif de condamnation de Jésus durant son procès est explicité par St Marc :

Mc 14, 61-64 : « Le grand prêtre l’interrogea de nouveau : “Es-tu le Christ, le Fils du Dieu béni ? ” Jésus lui dit : “Je le suis. Et vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant, et venir parmi les nuées du ciel”. » Alors, le grand prêtre déchire ses vêtements et dit : “Pourquoi nous faut-il encore des témoins ? Vous avez entendu le blasphème. Qu’en pensez-vous ? ” Tous prononcèrent qu’il méritait la mort. »

Jésus est condamné parce qu’il s’identifie au mystérieux personnage dont le prophète Daniel a eu la vision :

Dn 7, 13-14 : « Je regardais, au cours des visions de la nuit, et je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d’homme ; il parvint jusqu’au Vieillard, et on le fit avancer devant lui. Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et les gens de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite. »

Le « Fils d’homme » est élevé au même rang que Dieu, dont il partage la gloire et la puissance, et donc la divinité.

Cette prétention à la condition divine, Jésus la confirme également dans ses actions : il a autorité sur les éléments de la nature (il impose silence au vent et à la mer déchaînée), il guérit les malades et expulse les démons par une simple parole d’autorité :

Mc 4, 37-39 : « Survient une violente tempête. Les vagues se jetaient sur la barque, si bien que déjà elle se remplissait. Lui dormait sur le coussin à l’arrière. Les disciples le réveillent et lui disent : “Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? ” Réveillé, il menaça le vent et dit à la mer : “Silence, tais-toi ! ” Le vent tomba, et il se fit un grand calme. »

 

Lc 4, 40-41 : « Au coucher du soleil, tous ceux qui avaient des malades atteints de diverses infirmités les lui amenèrent. Et Jésus, imposant les mains à chacun d’eux, les guérissait. Et même des démons sortaient de beaucoup d’entre eux en criant : “C’est toi le Fils de Dieu ! ” Mais Jésus les menaçait et leur interdisait de parler, parce qu’ils savaient, eux, que le Christ, c’était lui. »

Et surtout, Jésus prétend pouvoir pardonner les péchés, ce que Dieu seul peut accomplir :

Mc 2, 5-12 : « Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : “Mon enfant, tes péchés sont pardonnés”. Or, il y avait quelques scribes, assis là, qui raisonnaient en eux-mêmes : “Pourquoi celui-là parle-t-il ainsi ? Il blasphème. Qui donc peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul ? ” Percevant aussitôt dans son esprit les raisonnements qu’ils se faisaient, Jésus leur dit : “ Pourquoi tenez-vous de tels raisonnements ? Qu’est-ce qui est le plus facile ? Dire à ce paralysé : “Tes péchés sont pardonnés”, ou bien lui dire : “Lève-toi, prends ton brancard et marche” ? Eh bien ! Pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a autorité pour pardonner les péchés sur la terre… – Jésus s’adressa au paralysé – je te le dis, lève-toi, prends ton brancard, et rentre dans ta maison”. Il se leva, prit aussitôt son brancard, et sortit devant tout le monde. Tous étaient frappés de stupeur et rendaient gloire à Dieu, en disant : “Nous n’avons jamais rien vu de pareil”. »

Prétention inouïe d’être l’égal de Dieu, le Fils unique du Père, qui contraste avec la mort de Jésus sur le gibet d’infamie de la Croix…

Ce sera notre point suivant de méditation.

KTQ- Jésus nous dit Dieu par sa vie d’homme (6)

C’est en Jésus de Nazareth, que Dieu lui-même s’approche.

Dieu s’est fait homme afin que nous puissions le voir dans un visage d’homme, l’entendre nous parler, le voir agir :

1 Jn 1, 1-2 : « Ce qui était depuis le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie, nous vous l’annonçons. Oui, la vie s’est manifestée, nous l’avons vue, et nous rendons témoignage : nous vous annonçons la vie éternelle qui était auprès du Père et qui s’est manifestée à nous. »

Les prophètes nous parlaient de Dieu, ils nous transmettaient la parole que Dieu leur avait dite ; Jésus, lui, est la Parole, il nous dit Dieu dans tout son être :

Jn 14,9 : « Celui qui m’a vu a vu le Père. »

Cette prétention à être le Fils unique de Dieu venu dans la chair, est confirmée par le Père lui-même ; ainsi au baptême de Jésus par Jean le Baptiste :

Lc 3,22 : « L’Esprit Saint, sous une apparence corporelle, comme une colombe, descendit sur Jésus, et il y eut une voix venant du ciel : “Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie”. »

Ainsi qu’à la Transfiguration :

Lc 9,35 : « De la nuée, une voix se fit entendre : “Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! ”»

Jésus parle avec autorité et non pas comme les chefs religieux :

Mc 1,22 : « On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes. »

Il agit avec une autorité toute divine puisqu’il guérit par sa seule parole, et expulse les démons :

Mc 1, 32-34 : « Le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amenait tous ceux qui étaient atteints d’un mal ou possédés par des démons. La ville entière se pressait à la porte. Il guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies, et il expulsa beaucoup de démons ; il empêchait les démons de parler, parce qu’ils savaient, eux, qui il était. »

Mais il manifeste surtout son origine divine en accomplissant ce que Dieu seul peut faire : en pardonnant les péchés :

Mc 2,5 : « Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : “Mon enfant, tes péchés sont pardonnés”. »

Le Dieu que Jésus nous révèle est le Dieu de miséricorde, qui nous a envoyé son Fils pour nous dire son amour, sa volonté de nous réconcilier avec lui, de nous rétablir dans notre dignité de fils et de filles de Dieu, que nous avions perdue en nous détournant de lui et en prétendant à une autonomie mensongère :

2 Co 5, 18-22 : « Dieu nous a réconciliés avec lui par le Christ, et il nous a donné le ministère de la réconciliation. Car c’est bien Dieu qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui : il n’a pas tenu compte des fautes, et il a déposé en nous la parole de la réconciliation. Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu. »

Si Jésus est le Fils de Dieu fait chair pour nous ouvrir le chemin vers le Père, il convient d’apprendre à le connaitre en méditant les Evangiles qui sont la « mémoire des apôtres », c’est-à-dire le récit de ce qu’ils ont vécu avec Jésus et qu’ils nous ont laissé afin que nous aussi…

Jn 20,31 : « …nous croyions que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, nous ayons la vie en son nom. »

KTQ-Le Dieu de Jésus-Christ (5)

Résumons notre foi à sa plus stricte expression :

« Je crois en Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, qui me révèle le visage de Dieu son Père, devenu mon Père par le don de l’Esprit Saint ».

Nous croyons qu’en Jésus-Christ, Dieu lui-même s’est approché de nous, nous a révélé son visage ; qu’en lui s’accomplissent les paroles des prophètes ; qu’il est dans toute sa Personne, la plénitude de la révélation, en qui Dieu se donne, pour que nous puissions devenir ses enfants d’adoption.

Accueillir Jésus dans la foi, c’est accueillir Dieu lui-même :

Jn 14,9 : « Celui qui m’a vu a vu le Père. »

Le verbe « voir » dans le quatrième Evangile désigne une connaissance intime, une communion de vie, une inhabitation réciproque :

Jn 15,4 : « Demeurez en moi, comme moi en vous. »

Dieu se fait homme pour que l’homme puisse devenir « participant de la nature divine » (2 P 1,4).

 

Sommes-nous bien conscients du scandale de l’Incarnation ?

Affirmer que Dieu, l’Infini, l’Eternel, s’abaisse jusqu’à se faire minuscule fœtus dans le sein de la Vierge Marie, qu’il entre dans le temps et se soumet aux vicissitudes du devenir humain, n’est-ce pas blasphématoire ?

Si nous nous référons à la conception d’un Dieu tout-puissant, retiré dans sa transcendance, certes, l’Incarnation semble irrespectueuse de la différence ontologique.

Mais si nous nous en tenons à la « définition » de Dieu que nous donne St Jean, « Dieu est charité » (1 Jn 4,8) – agapé, c’est-à-dire amour-don, totalement gratuit – alors nous pressentons que l’Incarnation est une exigence de l’Amour, qui veut se faire proche, partager les joies et les peines, la vie et la mort des hommes créés à son image et à sa ressemblance :

Ph 2, 5-7 : « Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. »

…pour enseigner aux hommes le chemin vers Dieu :

Jn 14,6 : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. »

Lc 10,22 : « Tout m’a été remis par mon Père. Personne ne connaît qui est le Fils, sinon le Père ; et personne ne connaît qui est le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. »

Par tout ce qu’il est – c’est-à-dire ce qu’il dit, ce qu’il fait, ses actions, omissions, réactions… – Jésus nous révèle le vrai visage du Dieu d’amour :

1 Jn 4, 9-10 : « Voici comment l’amour de Dieu s’est manifesté parmi nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous vivions par lui. Voici en quoi consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés, et il a envoyé son Fils en sacrifice de pardon pour nos péchés. »

La conséquence suit logiquement :

1 Jn 4, 11-13 : « Bien-aimés, puisque Dieu nous a tellement aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres. Dieu, personne ne l’a jamais vu. Mais si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et, en nous, son amour atteint la perfection. Voici comment nous reconnaissons que nous demeurons en lui et lui en nous : il nous a donné part à son Esprit. »

A ceux qui croient en son Fils Jésus-Christ, Dieu donne part à l’Esprit d’amour qui nous permet de vivre de sa propre vie, et de devenir ainsi enfants de Dieu :

1 Jn 3,1 : « Voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. »

C’est pourquoi Jésus enseigne à ses disciples d’oser s’adresser à Dieu en l’appelant « Père » :

Mt 6, 9-13 : « Vous donc, priez ainsi : Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.  Remets-nous nos dettes, comme nous-mêmes nous remettons leurs dettes à nos débiteurs. Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal. »

Si nous pouvons appeler Dieu notre Père, c’est donc que par la foi, nous avons accès à une vie nouvelle qui vient de lui, ou pour le dire autrement : nous sommes « born again » (nés à nouveau) :

1 P 1,23 : « Dieu vous a fait renaître, non pas d’une semence périssable, mais d’une semence impérissable : sa parole vivante qui demeure. »

Jn 1, 12-13 : « A tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu. »

C’est cette nouvelle naissance que Jésus annonçait à Nicodème :

Jn 3,5 : « Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair ; ce qui est né de l’Esprit est esprit. »

Le baptême sacramentel est précisément pour chacun de nous cette nouvelle naissance à la vie divine dans l’Esprit.

 

KTQ-Le Fils unique du Père (4)

La doctrine trinitaire ne fait qu’expliciter de manière conceptuelle, la Révélation divine offerte et transmise dans les Ecritures – en particulier dans les quatre Evangiles – norme ultime de notre foi.

Nous y découvrons que pour Jésus, être fils c’est vivre dans un accueil continuel des dons du Père et une continuelle action de grâce pour cette relation vivifiante.

Son amour filial est avant tout un amour reconnaissant. En tant que Fils il ne prétend en aucune manière être la source de son être, de sa vie, ni même de son amour.

La source en toutes choses, c’est le Père. Le Fils accepte de tout recevoir, plein de reconnaissance pour le don auquel il s’ouvre avec une infinie gratitude. Ce don c’est à la fois son être, sa vie et son amour pour le Père.

Cette révélation est particulièrement explicitée dans le 4ème évangile. Jésus y est présenté comme :

  • se recevant tout entier de son Père, dans son être comme dans son agir,
  • et vivant dans une attitude continuelle de reconnaissance, de gratitude filiale :

« Le Père aime le Fils et il a tout remis en sa main » (Jn 3, 35).

Ce n’est pas un simple constat, mais un cri d’émerveillement, une jubilation débordante de reconnaissance. Jésus est plein d’admiration pour la générosité du Père à son égard et pour la confiance que le Père lui témoigne :

« Le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu’il fait » (Jn 5, 20).

Et encore :

« Comme le Père a la vie en lui, ainsi a-t-il donné au Fils d’avoir la vie en lui » (Jn 5, 26).

Si le Fils reçoit tout du Père, à commencer par son être, alors ses paroles et ses actions remontent ultimement également au Père :

« Ma doctrine n’est pas de moi, mais de celui qui m’a envoyé » (Jn 7, 16) ;

« Ce que le Père m’a enseigné je le dis » (Jn 8, 28) ;

« Les paroles que j’ai dites c’est comme le Père me l’a dit que je l’ai dit » (Jn 12, 50).

De même pour les œuvres :

« Les œuvres que le Père m’a données pour que je les mène à bonne fin » (Jn 5, 36).

Ou encore parlant au Père :

« L’œuvre que tu m’as donnée de faire » (Jn 17, 4).

Même ses disciples, Jésus les reçoit du Père :

« Ils étaient à toi, tu me les as donnés » (Jn 17, 6).

Et il ajoute :

« Je prie pour ceux que tu m’as donnés parce qu’ils sont à toi. Tout ce qui est à moi est à toi et ce qui est à toi est à moi » (Jn 17, 10).

Sans doute cette dernière phrase est-elle l’expression la plus complète de l’attitude filiale de Jésus, qui associe humilité et gloire :

  • l’humilité de celui qui reconnaît qu’il n’a rien de lui-même ;
  • et la gloire dans la reconnaissance que le Père l’a établi sur toutes choses.

Toute la vie de Jésus, tout ce qu’il dit et tout ce qu’il fait, exprime cette reconnaissance que tout vient du Père ; cette action de grâce devant la générosité infinie du Père, auquel il s’offre tout entier, dans un élan d’amour réciproque.

Et cet Acte éternel d’Amour réciproque,

  • dans lequel le Père engendre le Fils à partir de toute la Substance divine,
  • et dans lequel le Fils offre au Père l’unique Substance divine qu’il a reçue de Lui,

est l’Esprit Saint en qui le Père et le Fils sont un :

« Le Père et moi, nous sommes UN » (Jn 10,30).

 

KTQ-Un seul Dieu en trois Personnes (3)

De manière quelque peu provoquante, nous pourrions dire : je ne crois pas en Dieu (concept trop vague et à multiples sens) ; je crois en Jésus-Christ et en Celui qu’il me révèle dans l’Esprit Saint, comme étant mon Père.

C’est en effet en Jésus que Dieu lui-même s’approche de nous, pour se révéler « en Esprit et vérité » (Jn 4,24) :

Mt 11,27 : « Personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. »

Jésus est « l’image du Dieu invisible » (Col 1,15), le « Rayonnement de la gloire de Dieu, l’expression parfaite de son être » (He 1,3), son Verbe éternel :

Jn 1,1 : « Au commencement (littéralement : « dans l’origine ») était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. »

Ce que résume comme suit le Symbole de Nicée-Constantinople :

« Je crois en un seul Dieu, le Père Tout-Puissant, Créateur du ciel et de la terre, et de toutes les choses visibles et invisibles.

Et en un seul Seigneur, Jésus-Christ, Fils Unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles, Lumière de Lumière, Vrai Dieu de Vrai Dieu, engendré, non créé, consubstantiel au Père. »

Le Père et le Fils ne sont donc pas deux « individus » distincts, puisqu’ils partagent la même et unique Substance divine. Le Père est Dieu et le Fils est ce même et unique Dieu. Tous deux se distinguent par leur « relation d’opposition » au sein de l’unique Substance divine : les termes « père » et « fils » sont en effet des termes relationnels qui s’appellent l’un l’autre. Ce qui conduit Saint Augustin à « définir » les Personnes divines comme des « relations subsistantes » (au sein de l’unique Substance divine).

Pour le dire d’une manière imagée : « Dieu est amour » (1 Jn 4,8), càd : il est l’Acte subsistant d’Amour infini. Eternellement il se donne dans un rayonnement de tout son Etre. Mais il ne se répand pas dans le vide : par ce don de lui-même, le Père engendre éternellement le Fils qui reçoit de lui toute la Substance divine.

Dans un éternel acte d’amour réciproque, le Fils reflue vers le Père auquel il se donne totalement, lui restituant toute la Substance divine dont il est engendré.

L’acte éternel d’amour, dans lequel le Père engendre le Fils et dans lequel le Fils reflue vers le Père, est Dieu lui-aussi puisqu’il implique toute la Substance divine ; il est nommé Esprit Saint :

« Je crois en l’Esprit Saint, Seigneur, qui donne la vie, qui procède du Père, qui est adoré et glorifié avec le Père et le Fils » (Symbole de Nicée-Constantinople).

Il est l’acte de Charité parfaite qui unit le Père au Fils dans une éternelle étreinte d’amour. Nous parlons en théologie de la « génération » du Fils et de la « procession » (procède du Père et du Fils) ou « spiration » de l’Esprit Saint.

Un seul Dieu en trois Personnes, qui désignent trois Relations subsistantes – Paternité, Filiation et Spiration – au sein de l’unique Substance divine, qui est Acte d’amour éternel et infini.

Ayant dit cela, nous avons bien conscience de n’avoir fait que balbutier quelques mots inadéquats pour parler du mystère ineffable de la très Sainte Trinité !

J’ajoute que ce que nous venons de dire, nous avons à le justifier à partir des Ecritures, source de notre foi ; c’est ce que nous ferons dans nos prochains échanges.